Le syndrome des habits neufs de l’empereur

Ou comment se libérer les neurones d’une quelconque culpabilité vestimentaire

Voilà un titre bien littéraire qui me trotte dans la tête depuis que j’ai découvert les blogs mode. Du jour au lendemain, en quelques secondes, je me raccordais au grand réseau du style, moi l’amoureuse des belles pièces dans ma campagne ensoleillée. Il vient donc, comme au début de toute relation, une douce période d’idylle sans cumulus pour ombrager cet amour naissant. Je deviens une amoureuse enflammée, je dévore de l’aube au crépuscule les clichés léchés et colorés. Je suis aveuglée par mes sentiments, je découvre que je ne suis plus fille unique et que des légions de petites et grandes sœurs ont, elles aussi, le cœur qui palpite devant leur dressing. Mais à force de passer de streetlooks en look of the day, je finis parfois par frôler l’indigestion vestimentaire. Bien que j’ai l’impression d’être une morte- de -faim qui découvre la corne d’abondance, à certains instants,  mes yeux arrivent au bord de mon estomac. Car parfois, on nous ressert le même plat à toutes les sauces et les cuistots-modeuses nous vantent les mérites  de saveurs trop souvent inscrites sur le menu.  Soupes aux clous, vestes rock cloutées , studded shoes .. Pour n’en donner qu’un exemple.
Et c’est là que me vient à l’esprit ce conte d’Andersen, « Les habits neufs de l’empereur ». Car, comme l’empereur lui-même qui s’extasie sur de magnifiques vêtements invisibles, les blogs fleurissent à la même saison des mêmes plantations. Alors, l’espace d’une seconde, tel l’enfant innocent du conte,  je me demande si le fait de ne pas aimer une tendance que tout le monde encense fait de moi une sotte de la boutique, une inadaptée du vestiaire. La réponse est non. Et je dirai même, tant mieux si je déteste porter des runnings avec une robe. C’est ce qui fait que je suis moi, vivante et solidement plantée dans mes escarpins vernis. 
Tout ça pour dire que la mode est un jeu, un plaisir, jamais une obligation. Pour parodier un célèbre écrivain*, le verbe s’habiller ne devrait pas se conjuguer à l’impératif. Donc oui, on a le droit de ne pas aimer une association de couleurs, un type de chaussures et on ne passera pas pour un inculte du catwalk si on entre en résistance. Tel un étendard, clamons notre différence. Moi, je ne vois pas les habits neufs de l’empereur, mais je vois bien ce trench bordeaux qui m’appelle dans son rayon. Etre différente et l’assumer, ne pas aimer ce que tout le monde porte en ce moment **, c’est être simplement à l’image de la vie, belle car jamais répétitive. 


* « Le verbe lire ne supporte pas l'impératif », Daniel Pennac, Comme un roman
 ** Bien sûr, il m’arrive d’aimer et de porter en même temps que tout le monde un type de pièce, de motif. Ou alors mille ans plus tard, le temps que mon cœur interprète les signaux de l’amour et les envoient là-haut. Et même parfois j’adopte une mode avant qu’elle ne soit à la mode et l’espace d’une seconde je me prends pour un précurseur….^^

Et pour ceux qui ne se rappellent plus de quoi parle exactement ce conte : http://feeclochette.chez.com/Andersen/habitsneufs.htm 


Enregistré le : 04/05/2014 à 10:58 sous le thème Paroles, paroles
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