Quand les étiquettes changent mais que le vêtement demeure

Qu'y a t il dans un nom ?
 Ce que l'on appelle rose avec tout autre nom embaumerait autant



Oeuvre de José Romussi


Comment un blazer, des boots et un legging peuvent-ils, telle la madeleine de Proust, évoquer une tirade de Roméo et Juliette ? Fouillons du côté du lexique pour trouver l’origine de cette réminiscence. 

Alors que Juliette rêverait que Roméo ne soit plus un Montaigu, voilà que certains locataires de notre dressing ont réalisé l’exploit de se réinventer en changeant de dénomination. Juliette sacrifierait tout pour ce tour de passe-passe. 

Mais certain(e)s d’entre nous ne sont pas dupes. Les magiciens des pages de magazines, c’est pour les goûters d’anniversaires de notre enfance. L’adulte aguerri aux pages mode que nous sommes est davantage adepte de la poudre matifiante pour le teint que de celle jetée aux yeux.  Car si le nom paraît moderne et drape l’objet, récemment renommé, d’une aura de fraîcheur, la réalité textile reste la même.

 Observons attentivement la valse linguistique qui se joue sous nos yeux. Notre époque subtilise, avec trucage et double fond, un patronyme à un autre et ainsi, tada ! le caleçon de notre enfance (ne le niez pas, nous en avons tous porté) devient un legging ! Un autre numéro ? Mettez une veste de tailleur dans un chapeau et sortez – en ….. un blazer ! (les pointilleux diront qu’il existe une différence entre ces deux pièces mais elle est si minime qu’elle ne peut, à elle seule, provoquer un changement d’identité aussi radical). Allez, un dernier tour d’illusion pour réjouir les bambins du premier rang. Suivez bien, ça va aller vite. Rien dans les mains, rien dans les manches …. Je dépose une paire de bottines dans la boîte et sous vos yeux ébahis, entre deux jets de fumées qui piquent les yeux, voici des boots qui en ressortent ! Alors modeuses, bluffées, non ?

 Mais quand la scène se vide, que les lumières s’éteignent, que la foule se disperse, alors l’horrible vérité revient à la surface. La vérité nue. L’illusion d’optique ne fait plus effet. Attaquer l’état civil des membres de nos vestiaires ne crée pas la nouveauté. Si la parole divine peut être un acte, il ne suffit pas de dire que le blazer soit, pour que le blazer fût.  Et même si le prestidigitateur est habile, en renommant les étiquettes dans la langue de Shakespeare, la mystification en demeure une. Le legging sera toujours un caleçon et les boots des bottines. Et c’est ça l’essentiel.

 Mesdames et messieurs les faiseurs de pluie dans le ciel de la mode, nous avons gardé nos regards pétillants d’enfants mais pas la naïveté de nos cinq ans. Si nous portons des pièces, c’est par amour du style, car si le paraître change, l’être demeure. Si une rose avec un autre nom embaumerait tout autant, des bottines devenues boots me chausseront tout aussi élégamment. Et je n’achèterai pas plus de caleçon que je n’achèterai un legging, même si l’appellation anglo-saxonne pourrait sonner à mes oreilles comme un appel d’ailleurs et un gage d’originalité. 

Alors que l’habit ne fait pas le moine, le signifiant ne fait pas le signifié. 

Et vous, avez-vous remarqué d'autres changements d'étiquettes au fil des années ?


Enregistré le : 25/06/2014 à 08:01 sous le thème Paroles, paroles
Commenter

Chargement des commentaires