Etre un mouton de la mode, ça a du bon !

Notre instinct grégaire nous rend unique

Paradoxe de la mode, quand tu nous tiens…

 En effet, comment l’attitude moutonnesque peut-elle nous amener à nous rendre unique de la silhouette ? Voici donc l’argumentaire qui vient étayer cette thèse. 

La mode est un jeu de regards, entre le miroir et moi d’abord. Puis viennent, dans le désordre,  les amies qui commentent, les collègues qui scrutent, les inconnu(e)s qui toisent, les hommes qui observent, le chéri dont l’iris se dilate (à la manière des chats) ou dont la pupille se lève vers le ciel. Ce quadrillage de coups d’œil fait de nous, baroudeuses du style, le centre d’une multitude d’abscisses et d’ordonnées. Et c’est alors un immense champ des possibles qui s’ouvre.

 Car si cette multitude de yeux peut converger vers moi, je peux à mon tour me délecter de la vue, je peux déguster le vestiaire des autres, je peux siroter les choix pris le matin en ouvrant l’armoire. Et ainsi,  je vois, j’aime, je m’interroge, je lève un coin de bouche, parfois j’ouvre franchement les lèvres et je ris, mais aussi j’analyse, je réfléchis, je me positionne. Et  je prends goût à d’inédites associations de couleurs, à d’improbables formes (pour moi en tout cas), à des motifs ignorés jusqu’à présent, à des combinaisons de pièces inconnues au bataillon (du dressing). Et c’est là que je deviens moi. Quand les faisceaux de tous les regards se croisent en un point D (celui du dressing, toujours), alors je découvre qui je suis. Et j’ose, et je me dis « mais pourquoi pas moi ? ». Voilà donc ce pull baroque adopté, ce chèche au motif hirondelles porté, ce collant bicolore enfilé. Et je deviens unique à force de m’inspirer des autres. Curieux, dites-vous ?

 La mode est un art inspirant, provocateur d’idées, empêcheur de tourner en rond devant les cintres. Finalement, elle nous révèle au moment même où nous repérons, sur les autres, dans la rue, au travail, une pièce. Ce que portent les unes nous dévoile et participe de notre unicité. Le style des autres me libère et me pousse à être vraiment moi. Enrichissant, non ? *



Et vous, vous êtes vous sentis uniques grâce aux autres ?

*Ce jeu de regard croisé est bien sûr très présent chez les artistes. Je pourrais citer, à titre d’exemples, Olympia de Manet et les nus des divinités, La Liberté guidant le peuple de Delacroix et Les Misérables de Victor Hugo (le point commun est Gavroche, regardez bien le tableau, au second plan à droite. J’aurais pu aussi rapprocher l’œuvre de Delacroix avec Notre-Dame-de-Paris, la cathédrale se trouvant dans les deux œuvres). Les regards se croisent et les œuvres deviennent des chefs- d’œuvres inimitables.


Enregistré le : 04/06/2014 à 08:07 sous le thème Paroles, paroles
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