Ce qui me fait fermer une page ....

Il nous saisit, provoquant une curieuse chair de poule. Celle qui n’est pas engendrée par le froid.
Il coupe la respiration, accélère le palpitant. Sans avoir fait d’effort physique.
 Nous mourons d’envie de le faire glisser, avec fluidité. Mais le geste reste saccadé, en suspens. 

Le frisson du curseur qui descend est cette sensation de peur qui nous accompagne lorsque nous avons cliqué sur une photo de mode.

L’iris est attiré par une silhouette audacieuse. Coupe, matière, volume. Cliquons.
Souvent,  la silhouette est tronquée. Aux genoux.  Ça charge. Patientons.
 La tenue s’affiche, elle est belle, elle nous plaît. C’est inédit, c’est structuré, c’est intrépide…. Mais que porte la jeune femme aux pieds ? 

Alors la phalange appuie, effrayée, sur la flèche du bas. Nous rêvons de savoir, nous  tremblons de savoir. 
Quelles chaussures viennent conclure cette proposition flatteuse ? Et nous imaginons des escarpins perchés et expressifs. Ou de gracieux nu-pieds avec des lanières entrelacées. Car impossible de penser à celles qui nous feraient bondir le cœur. Qui nous feraient fermer la page. 




Il faut affronter l’inconnu. Souvent la surprise est belle. 

Alors nous faisons défiler l’image, millimètre par millimètre. Tant que l’on ne sait pas, on ne se lamente pas. Mais l’imaginaire est frustré, il veut voir. Il supplie en grelottant d’effroi. C’est alors que prenant notre courage à deux mains, nous maintenons avec détermination la touche descendante.

Nos yeux s’écarquillent, puis se plissent. Comme chez l’ophtalmologiste. 

Incrédules, nous croyons avoir mal vu. Tout nous paraît flou et nous préférerions que tout reste flou. Car horreur ! Elles sont là, massives, insolentes. Elles nous narguent. Elles montrent leur suprématie, elles sont partout. Avec des jupes, des robes, des salopettes. 

Les fameuses baskets. 

Nous reprenons nos esprits et le doigt chancelant, nous faisons une croix dessus en y cliquant. 

Et vous, qu’est-ce qui vous fait fermer immédiatement la page ?


Enregistré le : 21/05/2015 à 14:18 sous le thème Paroles, paroles
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