Suivons-nous les tendances par goût

Suivons-nous les tendances par goût ou par habitude visuelle ?

Avez-vous remarqué comme certaines idées stylistiques se répandent comme une trainée de poudre ? Quelqu’un frotte une allumette, quelques autres ajoutent des brindilles et la rue, les blogs, les magazines, les campagnes de publicité même, s’embrasent.

 Au départ, une marque ou quelques modeuses adoptent un tic vestimentaire comme porter des Stan Smith ou orner son trench d’un foulard. La tendance ne l’est pas encore.
Quelques audacieux et audacieuses s’accoutrent donc de façon inédite. On porte des runnings avec une robe, on s’élargit avec un manteau de fausse fourrure. C’est marginal, parfois même disgracieux. On fronce les sourcils, quelle idée ! C’est d’un autre temps ! 

De plus en plus, nous croisons ces filles ainsi chaussées, ainsi emmitouflées. L’œil commence à s’habituer, notre moue dédaigneuse est moins prononcée. Les limites du style sont cependant déplacées. Mais après tout, pourquoi les chaussettes seraient-elles nécessairement dissimulées ? Pourquoi la fausse fourrure nous embourgeoiserait ? Parce que tout cela n’est qu’une construction culturelle.

 Les chaussettes sont des sous-vêtements, les baskets servent à faire du sport, les foulards doivent réchauffer le cou. Ainsi a été défini l’usage des choses.
Peut-être serait-il temps de se rappeler que la chemise a longtemps été un dessous à cacher avant de s’afficher fièrement au grand jour.
Comme la tour Eiffel jugée grossière et hideuse en 1889, amas de tôle défigurant le paysage, la nouveauté interpelle, révolte parfois puis prend place dans nos habitudes. Qui, de nos jours, imaginerait Paris sans la dame de fer ?

Grâce à la mondialisation des images, le style confidentiel de quelques-unes  finit par se propager et, avoir même s’être immunisé, c’est l’inflation esthétique qui nous submerge. Les achats sont torrentueux, ils échappent à toute logique. A chaque coin de rue, à chaque coin de page, à chaque coin de sites elles sont là. Mais ce n’est plus si désagréable à regarder, ce n’est plus si mal accordé. On s’y accoutume. Notre cristallin est contaminé.




Les premiers symptômes de l’altération de notre jugement apparaissent au bout de quelques temps. Nous ne sursautons plus, nous ne commentons plus. Pire que cela, c’est plutôt joli finalement. Nous ne nous rendons pas compte que nous capitulons, que nous renonçons à nos codes vestimentaires. Ces derbies, devenues attirantes, relayent dans le coin de notre pensée les escarpins par lesquels nous jurions hier encore. 

Plus que visuellement acceptables, ces pièces abhorrées sont devenues désirables. Car notre pupille s’est acclimatée. Nos synapses ont enregistré. Notre encéphale a fait de drôles d’associations d’idées. Et notre main, égarée, tape le code de la carte bancaire qui déclenchera la livraison de ces chaussettes pailletées. Nous qui détournions le regard quand une de ces excentriques affichaient des petons enveloppés, nous voilà impatientes de porter nos escarpins garnis. Mieux encore, nous trouvons cela beau. Nous avons la sensation d’appartenir à une communauté impertinente qui bouscule les attendus vestimentaires. 

Quelle ironie, nous avons été happés par l’abondance des instantanés, nous avons acheté grégairement et nous nous pensons à présent une originale assumée ! 

Fort heureusement pour la morale de l’histoire, une grande partie de nos acquisitions sont le fruit de notre envie et seulement de notre envie. Cela nous a plu, c’est tout. C’est notre style. 

Mais est-ce qu’une envie, un style, ne se construisent-ils pas avec l’offre commerciale, avec les images que nous assimilons aveuglément, avec un certain idéal culturellement construit par la société ? 

Le berger est-il en réalité un bovidé ?

 Si nous considérions le dressing à moitié plein plutôt qu’à moitié vide, nous pourrions nous réjouir de ces échanges incessants qui nous amènent à évoluer, à agréer, à adopter. Au prix parfois d’une certaine uniformité, notre capitulation devant la grande méchante chaussette ou l’abominable basket permet de briser les carcans policés de la normalité.

 Modeuses du monde, amusez-vous, osez, imitez pour mieux vous trouver sans vous chagriner. Car l’iconoclaste d’aujourd’hui sera le classique de demain.

Et vous, suivez-vous les tendances par goût ou finissez-vous par aimer une pièce à force de la voir ?


Enregistré le : 12/04/2015 à 16:17 sous le thème Paroles, paroles
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