Les vêtements nous habillent de rêves

« Tous les romans sont de la réalité habillée en rêve », Coco Chanel



Comment aimer la mode et ne pas citer Coco Chanel ? Et comment résister à l’envie de modifier, en ne changeant qu’un seul mot, cette citation pour voir émerger un sens nouveau ? Je me lance et je propose : « Tous les vêtements sont de la réalité habillée en rêve ». Quelqu’un pour me contredire dans la salle ? Allez, reprenons le raisonnement depuis le début. Les vêtements servent à cacher notre nudité et à réchauffer nos corps. Voilà un postulat de départ bien pragmatique mais incontestable. Question : pourquoi avons-nous donc un dressing plein d’enveloppes en tissu qui attendent un contenu pour prendre du corps ? Ne suffit-il pas de quelques vêtements pour que notre dignité soit drapée pour la journée ? Que nous apportent ces étoffes pour qu’on les achète en nombre, qu’on les range avec amour, qu’on les porte avec plaisir, qu’on ne les délaisse qu’à regret ?  Bien loin de n’être que du coton ou de la soie, c’est surtout une couche protectrice qui vient se coller tout contre notre peau, protectrice contre le regard des autres et les agressions implicites du monde extérieur. Telle une armure, je revêts  mon étendard vestimentaire  et je gagne 8 points de confiance en moi. Mon jean couleur du temps ne fait plus qu’un avec mon corps et je peux affronter toutes les marâtres de contes de fées, tous les idiots croisés dans la réalité. . Mais laissons-là  la métaphore guerrière, et revenons à l’onirisme qui émane de notre vestiaire. Car nos contours camouflés révèlent une beauté loin d’être universelle. C’est une beauté dérangeante, subjective, qui nous réconforte ou nous sort de notre zone de confort. Et c’est ce curieux assemblage de textiles, de motifs, de longueurs qui floute les frontières du réel et délimité un incertain territoire de la rêverie. La réalité nue, nous donc, devient du rêve que je vends gratuitement à celui et celle qui savent observer. Et les bénéfices que j’en retire ne sont pas sonnants et trébuchants mais intimes et silencieux. Au-delà d’illuminer les yeux du badaud croisé au coin de la rue, c’est mon intérieur qui s’illumine pour ne plus s’éteindre. Mais alors, dirait le pragmatique, les vêtements nous transformeraient en lanternes gonflées ? Il faut quitter les chemins de la raison et avancer à pas feutrés sur le sentier des sentiments. Et tout s’éclaire, le prosaïsme n’affleure plus l’esprit, seule demeure la poésie du style. Les vêtements sont de la réalité habillée en rêve. Quand les épaisseurs se superposent, que les couleurs se fondent, que les textures se complètent, alors mes pieds ne touchent plus terre et tous les angles du quotidien sont arrondis. L’émotion esthétique, intime, fragile  me saisit et me coupe le souffle. Et je suis reconnaissante envers celui ou celle qui, dans son atelier, a conçu avec passion ce manteau. Et je remercie du regard celui ou celle qui ce matin, en se levant ou hier soir, avant un repos bien mérité, a choisi  d’enfiler ce pull au réveil. Finalement, et si la beauté n’était pas dans le vêtement mais dans l’œil de celui qui regarde ?

Et vous, quels sentiments sont les vôtres lorsque vous revêtez votre vêtement préféré ?

* Photographie : défilé Valentino 


Enregistré le : 18/05/2014 à 10:26 sous le thème Paroles, paroles
Commenter

Chargement des commentaires